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Et si, grâce à Aviator, de Martin Scorsese, Léo arrivait enfin à couler le souvenir de Titanic ? Son interprétation du milliardaire Howard Hughes, des glorieuses années 20 jusqu'à sa plongée dans la folie à la fin des années 40, vole haut. Très haut.
Interview Stéphanie Lamome
Qu'est-ce que ça fait d'être le deuxième homme dans la vie de Martin Scorsese ?
Leonardo DiCaprio : Pour l'instant, je n'ai pas plus travaillé avec lui que Daniel Day-Lewis, c'est-à-dire deux fois ! Je trouve que la collaboration entre Marty et Robert De Niro est la relation de travail la plus fructueuse de toute l'histoire du cinéma. J'ai davantage une relation d'élève à mentor avec Scorsese. Marty m'apprend beaucoup sur l'histoire du cinéma et sur tout le processus de création des films. Il a deux fois mon âge mais il est aussi excité que moi à l'idée de faire des films, et on est tous les deux des malades du perfectionnisme.
Vous avez commencé face à De Niro dans Blessures secrètes [Michael Caton-Jones, 92]. À l'époque, il vous avait parlé de Scorsese ?
L. D. : Non, plutôt de moi à Marty ! Avant le tournage, tout ce que je savais sur De Niro, c'est ce que m'avait dit mon père en m'emmenant voir Midnight Run : «Tu vois ce mec? Il s'appelle Robert De Niro. Il est cool. Très cool. Ne l'oublie jamais.» Parfois, pendant le tournage, il prenait des libertés avec le scénario. Mais est-ce qu'on peut lâcher à Robert De Niro : «Dis-moi, Bob, tu t'es pas un peu planté de réplique?» Ben non. Alors, il fallait que je rebondisse, que j'improvise ... J'étais complètement paumé.
Qu'a dit De Niro à Scorsese à propos de vous ?
L. D. : «Surveille ce gamin !» Mais c'est surtout moi qui ai fait attention à lui. J'ai même changé d'agent pour me rapprocher de lui. J'avais entendu parler du projet de Gangs of New York, je savais qu'il rêvait de le monter depuis plus de vingt ans. Je me suis dit que si on partageait la même agence artistique, j'aurais plus de chance de le croiser et de faire le film avec lui ! Mais ça a encore pris sept ans ... Et, un jour, alors que je tournais La Plage en Thaïlande, il m'a appelé. J'ai failli m'étrangler avec mon bol de noodles ...
Votre père et lui sont italiens, nés la même année à New York.
L. D. : Oui, ils en ont, des trucs, à se dire ! Ce sont tous les deux des intellos. Mon père éditait et écrivait des bandes dessinées underground. Aujourd'hui, il développe des scénarios. Marty a grandi dans le cinéma. Petit, il souffrait d'asthme et allait se réfugier dans les salles obscures. Ce sont tous les deux d'énormes banques de données que je pille! Ils s'entendent bien, c'est cool ...
Proposer à Scorsese, bien connu pour sa peur de l'avion, de faire un film qui s'appelle Aviator, il fallait le faire ...
L. D. : Oui, c'est ça que je trouvais intéressant ! Je crois que le film n'a fait qu'empirer sa phobie ! En lui proposant le script, je savais qu'il y avait des thèmes qui pouvaient le toucher, comme l'âge d'or d'Hollywood ou cette figure tragique qu'était Hughes, un personnage typiquement scorsésien. Mais je pensais que l'aspect aviation le rebuterait. Un jour, il m'a dit : «Envoie-moi quand même le script. Je ne connaissais rien à la boxe et j'ai bien fait Raging Bull!» Je crois qu'il admire Hughes parce qu'il n'avait peur de rien. C'était à la fois un homme d'affaires incroyable qui régnait sur un véritable empire, mais aussi un réalisateur, un producteur, le Casanova de son époque ... En même temps, c'était un aventurier qui construisait des prototypes d'avion qu'il pilotait lui-même, s'écrasait avec, en reconstruisait d'autres aussitôt, battait un nouveau record de vitesse, etc. Il prenait des risques énormes et, pourtant, il était terrorisé par les poignées de portes et les microbes ...
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